Quand notre insensibilité nous coûte l’extinction d’une espèce

Sudan, le dernier rhinocéros blanc mâle est mort au Kenya, le 19 mars dernier, à l’âge de 45 ans. Le décès d’un simple rhinocéros à l’autre bout du continent africain pourrait sembler anodin. Pourtant, il en dit long sur l’insouciante brutalité des humains. 

 

C’est l’équipe vétérinaire de la réserve kenyane Ol Pejeta, où vivait Sudan, qui pris la décision de mettre fin à ses jours. Le rhinocéros était déjà en proie à de graves problèmes de santé depuis quelques temps, et les vétérinaires furent donc contraints de l’euthanasier. La détérioration de sa santé était due, notamment, à des dégénérescences musculaires et osseuses ainsi que des infections.

A priori, la mort du vieux rhinocéros ne devrait choquer personne. Le problème, c’est que Sudan portait sur ses épaules un dur rôle dont il n’aurait jamais dû hériter: celui de repeupler son espèce. En effet, avant sa mort lundi dernier, il ne restait plus que lui et deux femelles de son espèce, soit sa fille, Najin, et sa petite-fille, Fatu. Le duo étant composé strictement de femelles, les deux rhinocéros se voient incapables d’assumer la repopulation de leur espèce dorénavant éteinte. Dvur Kràlové, le directeur d’un zoo qui avait accueilli le rhinocéros en 2009, rappelle que «Sudan était le dernier rhinocéros blanc du Nord né à l’état sauvage».

Cela fait déjà dix ans que la sous-espèce à laquelle appartenait Sudan est considérée comme éteinte dans leur milieu naturel. Étonnant, puisque les rhinocéros ont très peu de prédateurs, en raison de leur grande taille, de leur peau épaisse et de leur puissante corne. C’est justement cette dernière qui leur a valu l’imminente extinction de leur espèce: aussi redoutable soit-elle, elle n’a pu échapper aux mains d’autant plus meurtrières des humains. Effectivement, les cornes de rhinocéros possèdent bien malgré elles une puissance économique: elles peuvent valoir de 50 000 à 60 000 euros le kilo sur le marché noir. Particulièrement populaire en Chine et au Viêt-Nam, leur précieuse kératine est revendue pour des prétendues vertus médicinales.

Les rhinocéros de cette sous-espèce furent donc, en grande partie, décimés par le braconnage durant les années 70 et 80 par des bandits qui ont établi la primauté des billets verts sur la vie d’autres êtres vivants. Cette situation s’est vue amplifiée par d’autres conflits armés prenant place dans l’habitat naturel des rhinocéros, notamment au Soudan, au Tchad, en Centrafrique et dans la République démocratique du Congo. L’instabilité politique a donc grandement favorisé l’apparition de zones de non droit, où le braconnage pouvait prendre lieu sans répercussions. De plus, comme si la situation n’était pas assez révoltante, l’argent amassé par la vente des cornes représentait un apport substantiel aux groupes armés. En somme, deux clans se faisaient la guerre, financée par une activité illégale qui consiste à tuer sans scrupules des créatures innocentes.

Maintenant que notre amour inconditionnel à ce qui se range dans un portefeuille a correctement réussi à décimer une espèce entière, nous avons l’audace de vouloir la recréer en laboratoire. Effectivement, le dernier espoir d’éviter l’extinction des rhinocéros blancs du nord est de développer des techniques de fécondation in vitro et d’utiliser le matériel génétique prélevé par des scientifiques, pour ensuite l’implanter dans une mère porteuse. Gardons en tête que ces procédures n’ont jamais été testées auparavant chez les rhinocéros, en plus d’être extrêmement dispendieuses. Les chercheurs espèrent, en effet, relever un million de dollars de dons pour créer un nouveau rhinocéros.

Bref, à peine notre propre étourderie nous a-t-elle valu la disparition d’une espèce que nous réalisons notre erreur. Toutefois, n’y a-t-il pas un problème grave qui se dépeint ici? Quand l’humanité tente de donner vie à des animaux à travers des béchers et des éprouvettes? C’est beaucoup d’efforts et d’argent pour un problème qui n’aurait jamais vu le jour, aurions-nous arrêter de bombarder nos égaux et de croire si ardemment en notre supériorité sur le règne animal.

Crédit photo: Agence France Presse

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