Routine meurtrière

C’est le 24 mars dernier que s’est tenu l’évènement March for our lives un peu partout autour des Etats-Unis. Autre qu’une manifestation pour exiger des lois plus strictes concernant le port d’armes, c’est un symbole d’espoir en dépit d’une critique pressante de la mentalité américaine.

March for our lives est le plus grand rassemblement contre les armes à feu de l’histoire des États-Unis, et est entièrement créé et inspiré par des étudiants américains. Il a pour but de dénoncer l’absence de contrôle appliqué à l’achat d’armes à feu. En effet, il est plus facile de se procurer une arme aux États-Unis qu’un passeport, un permis de conduire, un divorce ou encore un animal de compagnie. Cette négligence de la part du gouvernement engendre, depuis plusieurs années, de nombreuses fusillades mortelles. C’est pourquoi un demi million d’adolescents et leurs familles se sont levés samedi et ont pris en otage les rues de Washington, afin d’exiger que leur sécurité devienne une priorité. Effectivement, ils souhaitent proposer un projet de loi à la législation afin de discuter des problèmes de fusillades récurrents. Plus de 830 marches autour des États-Unis et au Canada espèrent elles aussi faire entendre raison aux dirigeants du pays et leur faire comprendre qu’il est temps d’agir.

Une longue liste

L’évènement est en réaction directe à la tuerie d’une dizaine de personnes dans une école secondaire de Floride, le jour de la Saint-Valentin. En effet, Nikolas Cruz a pénétré dans son ancienne école secondaire de Parkland avec un fusil semi-automatique AR-15 et a ouvert le feu sur 17 étudiants. Le problème, c’est que c’est fusillade n’était certainement pas la première et probablement pas la dernière. D’abord Columbine, en 1999, puis Sandy Hook, Charleston, Roseburg, Flagstaff: la liste ne cesse de s’allonger. Selon l’organisme Everytown, qui analyse les incidents liés aux armes à feu aux États-Unis depuis 2014, on répertorie déjà 33 fusillades depuis le début de l’année 2018. Nous ne sommes qu’en mars. Le fléau prend des proportions inquiétantes: dans ce pays où les armes font plus de 30 000 morts par an, les massacres par balle sont devenus coutumes. Plus personne n’est étonné d’entendre aux nouvelles qu’une nouvelle tuerie a éclaté chez nos voisins américains. La menace nous est devenue familière.

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Des étudiants de Centreville, en Virginie, participent à March for our lives à Washington.

Crédit photo: Win McNamee pour Getty Image

Des cours spéciaux

En outre, la situation s’est tellement aggravée que les jeunes enfants et adultes participant à la manifestation sont souvent représentés comme étant la génération «mass shooting». Au lieu de jouer de manière insouciante dans la cour d’école ou de forger la personne qu’ils deviendront à travers amours éphémères et amitiés intemporelles (comme un parcours scolaire devrait l’être), ces élèves vivent leur éducation avec une crosse appuyée sur la tempe. Le danger perpétuel a pris tellement de place que maintenant, les étudiants doivent participer à des exercices d’urgence pour apprendre à bien réagir en cas de confinement. Selon le centre américain des données statistiques en éducation, 70% des écoles américaines organisent ce genre de pratiques. Et pourtant, les 3000 élèves visés dans la tuerie de Parkland, le 14 février, prennent part à ces exercices chaque année.

 

Combinaison dangereuse 

Pourquoi les américains ressentent-ils plus que n’importe quel peuple le besoin de posséder des armes? La réponse résulte en un mélange inextricable d’histoire, de culture et de politique. C’est d’abord le deuxième amendement de la constitution des États-Unis qui rend tous ces incidents possibles. En effet, cet amendement permet la possibilité pour tout citoyen américain de posséder et de porter une arme à feu légalement. De plus, depuis la nuit des temps, les américains voient les armes à feu comme un symbole de patriotisme et de fierté. Le cinéma, par exemple, glorifie plus souvent qu’autrement les fusils. Ils sont également (ironiquement) synonymes de protection. Craig Shirley, historien et militant de la NRA affirme que «c’est une question de pouvoir, le pouvoir pour chacun de décider par lui-même».

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Crédit photo: Mike Peters

La National Rifle Association

La NRA, justement, a beaucoup à jouer dans la situation actuelle des Etats-Unis. NRA est un acronyme pour National Rifle Association. Fondé en 1871, le groupe a pour but de promouvoir et d’accroître la vente et le port d’armes à feu. Cependant, depuis 1934, l’association influence et exerce des pressions sur le gouvernement afin de défendre ses intérêts privés, la transformant ainsi en le plus gros lobby des armes au monde. La NRA, constituée d’environ cinq millions de membres, dépense un budget d’environ 250 millions par année, dont trois millions vont directement aux pratiques de lobbying. En effet, le poids du NRA au sein du Congrès est monumental. Par exemple, l’association classe publiquement les membres du Congrès basés sur leur opinion face au droit d’armes. Ces notes peuvent avoir un impact sur les votes aux élections et faire perdre sa place au Congrès à un candidat qui se tiendrait contre le port d’armes à feu. La NRA soudoie donc ouvertement le personnel politique du pays afin qu’ils s’obstinent à ne pas déroger de leur position par rapport aux armes (malgré la directe conséquence de nombreuses pertes de vie) pour que l’association continue à se remplir les poches.

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Des manifestants pour March for our lives sur la place de Trocadero, à Paris en France

Crédit photo: https://www.aol.com/article/news/2018/03/27/former-supreme-court-justice-stevens-repeal-the-second-amendement/23396492/

Somme toute, des milliers de jeunes se sont tenus debout la semaine passée pour ce qu’ils croient ardemment être juste. Combien de fois devrons-nous répéter l’erreur avant de se rendre compte que c’en est une? Combien d’enfants tenteront de profiter de la récréation en se demandant si ce sera leur dernière? Combien de familles devront regarder leur enfant partir pour l’école le matin, pour ne plus jamais les voir rentrer à la maison? La gravité de la situation est indiscutable: des enfants sont sortis dans la rue pour exiger que leurs droits, leurs vies, soient respectés. Des petites âmes qui réclament de pouvoir jouer à la pâte à modeler, sans risquer d’être bercés par le rythme des coups de feu et des larmes qui coulent sur leurs joues pour un ami décédé. Comme si les voix de ces jeunes qui ne demandent qu’à vivre vieux n’étaient pas assez, les américains s’entêtent à dire que les armes à feu servent à se protéger. Mais de quoi? D’eux-mêmes? C’est au moment où un peuple a besoin de sentir une gâchette entre ses doigts pour se sentir en sécurité face à ses égaux qu’on comprend que l’humanité vit un grave problème. God bless America!

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