Tous les articles par Mathilde Côté

Chroniqueuse

Chosen Faith

Sarita en avant de son temple
This is Sarita in front of the temple where she goes to pray.

**Cet article a été coécrit par Korina Joseph.**

According to the Taj Group of Hotels, 85% of Indians would rather marry the person chosen by their families than the one they would decide on their own. For this reason, and many others, India finds itself to be very different from North America. Might it be the food, school, work or, as mentioned, the relationships? This Asian country is far from what we know here in Canada. Sarita Behl, an Indian woman, agreed to share her way of life, making us see the gap between life in eastern and western countries, but also all the similarities that make us all part of the same human race.

Sarita Behl is a 42 year old woman living in Faridabad, a small suburb near Delhi, India. As do most Indians, Sarita practices the Hindu religion. She tries to pray at her local temple every day, which is not easy when you have a group of teenagers running around your house. This Indian woman works for International Volunteer HQ, a New-Zealand based travel company that works internationally to host volunteers from several different countries. Before she was approached by the company in 2013, asking her to open her home in India to foreigners, Sarita owned a girls’ hostel.

Sarita Behl
This is Sarita Behl. She opens her heart and her home to foreigners from all over the world.

As if two dozen young adults were not enough to feed and take care of, Sarita is also a mother of two children. In fact, her 19 year old son is currently studying engineering in the United States, while her teenage daughter lives with her in India. She first had her son at 20, a year after she got married. She laughs when she says, « I was just a child, but I had a child! » As most people do in India, Sarita had an arranged marriage. She is married to Rocky, who helps her manage the homestay. She lives in his house with all of her in-laws. She says, « in India, it’s a tradition »,  married women move in with their husband’s family. Sarita actually enjoys this way of creating relationships because, « you are not married to a person. You are married to a family. They [all of her in-laws] take care of you, too. » Since Sarita is very open-minded, she believes that, « everybody has a right to make their own choices ». Therefore, she is also in favour of the progress that young Indian women are making: « Girls are becoming more financially independent, they are looking for a more compatible husband. » Still, she does not regret her arranged marriage. There is always somebody to look up to. » One of the advantages, Sarita also mentioned, includes the fact that the cost of the marriage is handled by the parents. She also says, « I love this concept. But I also like your freedom where you can choose. » Hence why, after 21 years of being married to a person she did not choose, Sarita decided that her children deserve a love marriage. Although arranged marriages are the norm in India, Sarita says, « it is not an obligation. »

Trois femmes indiennes assises dans la rue
Three Indian women sitting in the street.

Even though her love life got picked for her, Sarita says she is very content: « I am happy, I am a happy person. [Laughs] » She considers herself blessed to be living the life she is living: « It was destiny, it was meant to be like this. » She would not change a thing about her past nor her current lifestyle. In fact, seeing the volunteers enjoying themselves is the primary source of her happiness. Which is partially why Rocky, her husband, and she are doing such an amazing job at running the homestay. She says her biggest dream is to see her kids also be happy: « I want my kids to get settled and have a beautiful life. » She says.

Sarita, a woman with a university degree, opens her heart and her home to people she does not know. She is filled with love and joy despite her destiny being decided for her. In Canada, we do not have arranged marriages. Even though this is an enormous difference between the Indian and the Canadian culture, Sarita taught us that what really matters is universal happiness. In the end, everyone just wants to be happy and parents want what is best for their children. Despite the cultural differences, humans around the world are all the same. Sarita believes in freedom and love marriages: « You enjoy your life. This is your moment, you should enjoy your life. Don’t forget anything, just go with the flow. I wish you all the best for the future. You are beautiful, beautiful kids! You should have [the] best of everything », whether it is chosen for you or not.

 

Photo credit: Korina Joseph

Propriété publique

75 000. C’est le nombre de femmes victimes de viol chaque année en France. Et c’est sans compter les sifflements lancés innocemment dans la rue à la vue de jambes dénudées, des caresses non sollicitées dans les soirées floues, ou toute autre forme d’harcèlement sexuel.

En effet, le corps des femmes ne leur appartient pas depuis la nuit des temps. Elles sont devenues objets, propriétés; des marionnettes qu’on peut placarder sur des affiches pour vendre et qui devraient se plier aux désirs des hommes. Elles vivent souvent une sexualité volée, unidirectionnelle: une part d’elles, pour nécessairement finir entre les mains des hommes.

Avec l’affaire Weinstein, les accusations contre le président américain et le mouvement #metoo, la culture du viol a eue davantage de visibilité médiatique cette année que jamais auparavant. Alors que le vent commence à peine à tourner concernant ce qui est devenu un véritable fléau, le concept terrifiant reste toutefois étampé sur les lèvres de toutes celles qui se sont déjà promenées seules le soir.

D’ailleurs, pour ramener la statistique du haut davantage à notre échelle, il y aurait une femme sur quatre victime d’une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans au Québec, selon l’Institut national de santé publique du Québec. Cette culture toujours entretenue, aussi aberrante soit-elle, est l’une qui banalise les violences sexuelles pour ensuite en blâmer, non sans condescendance, ses principales victimes. C’est pourquoi à peine 10% des agressions sexuelles se voient rapportées.

Non seulement la statistique est ridiculement petite, mais, en plus, dans 9 cas sur 10, les rapports sont mal pris en charge. Selon un article du journal Le Monde à ce sujet, une jeune femme ayant porté plainte pour viol se serait fait nié la nature de l’agression parce qu’elle avait invité l’homme chez elle. Un autre cas rapporté est celui d’une femme ayant porté plainte pour violence conjugale et qui se serait fait répondre par le policier que ce n’était pas si grave et qu’elle devrait se garder d’en faire tout un plat puisqu’elle a des enfants.

Par conséquent, les femmes se taisent. Elles se voient emprisonnées dans une cage de silence que tout le monde semble satisfait d’ignorer. Et c’est bien certain, car le concept dérange. Dans cette société où le consentement est devenu optionnel, voire désuet, les femmes y ont appris cette sorte de mutisme, cette furtivité perturbante qui a besoin d’être changée. Vous trouverez d’ailleurs, au bas de la page, un lien vers un poème lu par quatre jeune femmes de l’université Rutgers au New Jersey, dans le cadre du College Union Poetry Slam Invitational de 2014. Il exprime bien la gravité de la situation.

Malheureusement, la sexualité brimée de la femme moderne ne s’arrête pas aux agressions sexuelles. Elle se dépeint de manière beaucoup plus futile, mais mille fois plus dangereuse car on ne la remarque parfois pas. Le livre de Lili Boisvert intitulé Le principe du cumshot explique et analyse longuement cette façon de réprimer la sexualité de la femme. En effet, le cumshot désigne le plan final dans les films pornographiques où l’on montre la jouissance exclusive de l’homme, qui entretient l’idée que l’orgasme est un plaisir réservé seulement aux hommes. La femme n’est destinée qu’à occuper un rôle passif, un rôle de proie ou de cible qui se retrouve au cœur de la culture du viol.

Une foule de stéréotypes est donc ainsi rattachée à ce (faux) état passif. Impossible pour une femme d’aimer le sexe, par exemple: elle est obsédée et vulgaire. Le concept est si universel, qu’il a même donné naissance à un nouveau terme: le slut-shaming, qui consiste à humilier toute femme présentant une sexualité trop ouverte. On ne réserve pourtant pas le même jugement à leur partenaire masculin. Cet asservissement est assez minutieusement entretenu pour passer inaperçu, et c’est là qu’est le danger.

Il a notamment donné vie au célèbre roman de Margaret Atwood La servante écarlate, qui relate l’histoire d’une société brisée où les femmes sont des objets au service des hommes, en particulier concernant leur sexualité. L’histoire de Defred, la personnage principale, a créée une si forte réaction chez les lecteurs des quatre coins du monde parce qu’elle est tristement vraisemblable. En effet, même si l’oeuvre est une fiction, l’auteure écrit dans sa postface qu’elle s’était promis de ne rien inclure que la société n’avait pas déjà inventé ailleurs ou à une autre époque. La dystopie brodée par l’auteure canadienne n’est donc peut-être pas si loin de la réalité, ou de ce qu’elle pourrait devenir.

Alors que les femmes se battent pour la révolution sexuelle depuis les années 60, il serait temps de leur redonner plein contrôle sur leur corps. Il serait temps d’inverser les accusations et de réellement considérer les femmes comme des victimes. Il est temps de se concentrer davantage sur la mentalité qui habite nos crânes et qui permet de tels actes plutôt que de focaliser sur les vêtements que la femme portait au moment de l’agression.

Au lieu d’apprendre aux femmes à s’habiller convenablement, on pourrait apprendre aux hommes que les leggings en cours de sport et les mini-jupes en été ne sont pas une promesse de désir. Au lieu d’apprendre aux femmes à utiliser de fausses excuses lorsqu’un homme se fait insistant, on pourrait leur apprendre que les tentations provoquées par la chair ne leur donne en aucun cas le droit de faire ce qu’ils leur chantent. On devrait apprendre aux hommes que leurs avances ne sont pas constamment les bienvenues et que non veut réellement dire non.

Comme Margaret Atwood l’a si bien dit dans son roman à succès, « tout ce qui est réduit au silence clamera pour être entendu ».

A rape poem to end all rape poems, https://www.youtube.com/watch?v=0Wu7Ax78hXo

Crédit photo: ALLRIOT design collective

Vivre essoufflé

On vit vite. Ce qui, en soi, n’est pas toujours une mauvaise chose. Pourtant, comme souvent lorsqu’on dépasse la ligne de démesure, la vitesse semble davantage un ordre toléré qu’un mode de vie réellement choisi. C’est ce que Stéphane Laporte, un chroniqueur de La Presse, décrit comme étant « la dictature de l’instantanéité ».

Notre société a radicalement augmenté la cadence. Non seulement nos rythmes de vie se voient entraînés dans un marathon, mais les changements sociaux, la transmission de l’information et les innovations techniques aussi. En effet, selon la loi Moore, tous nos appareils évolueraient chaque 18 mois. Alors que nous vivons dans l’une des ères les plus stimulantes de l’histoire, une des plus curieuse contradiction se profile. Tandis que les progrès technologiques nous permettent d’effectuer les mêmes actions que nos ancêtres dans un délai plus court, nous nous retrouvons constamment débordés et en manque de temps. Comme l’écrit Déborah Corrèges dans un article issu d’un numéro du magazine Sciences Humaines, il serait probablement venu le temps de se pencher sur ce paradoxe, « non pas le temps d’un instant fugitif, mais (…) pendant une durée suffisamment déployée ».

Cet impératif et la gourmandise de l’homme de toucher à tout sont ancrés en nous depuis plusieurs dizaines d’années. Le phénomène date en fait du 19e siècle, où il se concrétise au cours de la révolution industrielle. Ce temps où les penseurs ne connaissaient aucune limite se caractérise par une multitude d’inventions qui nous servent encore aujourd’hui, telle l’automobile, et qui alimente notre vie à cent mille à l’heure. Pendant longtemps, cette façon de vivre était valorisée et synonyme de modernité. Avec l’arrivée d’Internet, le concept d’instantanéité a pris tout son sens. Le texto ne sait pas attendre, et l’actualité internationale n’est plus qu’à un simple clic. Par ailleurs, notre système capitaliste prône lui aussi une certaine vitesse. Son moteur principal étant l’argent, le capitalisme somme les ouvriers d’aller plus vite, de se dépêcher, d’augmenter la productivité. Et avec des années de pratique , les humains sont devenus bons à vivre à toute allure: on organise plannings, calendriers, échéanciers, délais, etc. pour augmenter la rentabilité. On pratique le multitasking, on tente d’optimiser le présent. On trouve des moyens pour courir à la même vitesse que le temps.

Cette accélération accrue provoque chez les humains un certain sentiment d’urgence qui n’habitait pas leur tête avant. À titre de preuve, selon les statistiques de santé et de bien-être du gouvernement du Québec, 11% de la population souffre de troubles anxieux. Ce trouble mental prend davantage d’expansion au fil des années, alors qu’il n’avait même pas sa place il y a 20 ans. Tout le monde vit un stress à grande échelle et c’est normal de se sentir dépassé: on vit à la vitesse de la lumière. De plus, la rapidité enracinée dans nos routines nous a rendu impatients. On se plaint du métro en retard, de notre ordinateur qui fait des siennes et prend du temps à ouvrir une page. Selon un sondage conduit par Compuware, seulement 20% des gens se disent prêts à attendre quatre secondes ou plus pour voir une application se lancer. Quatre secondes! Ce qui est d’autant plus intéressant est que le sondage a été réalisé auprès d’utilisateurs provenant des quatre coins du monde: Italie, Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon, Inde, etc. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas que nous qui doit apprendre à ralentir: la course est universelle.

Le concept se transpose également dans nos relations humaines. Les amitiés et les amours fluctuent de plus en plus rapidement: on s’aime, on se laisse, on reste amis, on se querelle, on recommence. Selon les études de l’INSEE, près d’un mariage sur deux se termine par un divorce en France, au bout de seulement quatre ans. Le milieu du travail n’y échappe pas non plus: en effet, l’emploi à vie est en voie d’extinction. De plus en plus, les travailleurs pratiquent plusieurs métiers au cours de leur vie. Cette polyvalence amène avec elle un changement perpétuel des liens sociaux. Comme mentionnée plus haut, ces changements ne sont pas nécessairement une mauvaise chose, mais témoignent bel et bien de notre société qui vit pressée.

Mais cette précipitation constante, cette vie hors d’haleine, ça sert à quoi au final? À vivre davantage? À force de courir, on vit plus de choses, certes, mais les vit-on totalement? Michael Moore, un réalisateur américain, nous explique dans son documentaire L’invasion américaine qu’en Italie, les pauses réservées au dîner durent deux heures, permettant ainsi aux travailleurs de rentrer chez eux tous les jours pour manger avec leur famille. Bien sûr, la journée de travail se termine plus tard, mais leur pause est occupée à quelque chose de beaucoup plus précieux qu’un lunch de trente minutes dans la salle des employés. De plus, les italiens profitent de huit semaines de congé par année, ce qui réduit considérablement leur niveau de stress, lequel a un impact direct sur leur santé. Effectivement, ils vivent en moyenne quatre ans de plus que les américains. Alors, qui a-t-il de si mal à ralentir? Certaines choses ne peuvent être précipitées: le temps restera toujours le meilleur docteur pour les blessures de l’âme. Pour citer une chanson de l’auteur-compositeur-interprète québécois Alexandre Poulin: « à courir comme des fous, on oublie d’être heureux / la vie passe devant nous et soudain on est vieux ». Ce serait bien d’arrêter de vivre avec le souffle court.

Crédit photo: Les temps modernes (Charlie Chaplin, 1936)

Routine meurtrière

C’est le 24 mars dernier que s’est tenu l’évènement March for our lives un peu partout autour des Etats-Unis. Autre qu’une manifestation pour exiger des lois plus strictes concernant le port d’armes, c’est un symbole d’espoir en dépit d’une critique pressante de la mentalité américaine.

March for our lives est le plus grand rassemblement contre les armes à feu de l’histoire des États-Unis, et est entièrement créé et inspiré par des étudiants américains. Il a pour but de dénoncer l’absence de contrôle appliqué à l’achat d’armes à feu. En effet, il est plus facile de se procurer une arme aux États-Unis qu’un passeport, un permis de conduire, un divorce ou encore un animal de compagnie. Cette négligence de la part du gouvernement engendre, depuis plusieurs années, de nombreuses fusillades mortelles. C’est pourquoi un demi million d’adolescents et leurs familles se sont levés samedi et ont pris en otage les rues de Washington, afin d’exiger que leur sécurité devienne une priorité. Effectivement, ils souhaitent proposer un projet de loi à la législation afin de discuter des problèmes de fusillades récurrents. Plus de 830 marches autour des États-Unis et au Canada espèrent elles aussi faire entendre raison aux dirigeants du pays et leur faire comprendre qu’il est temps d’agir.

Une longue liste

L’évènement est en réaction directe à la tuerie d’une dizaine de personnes dans une école secondaire de Floride, le jour de la Saint-Valentin. En effet, Nikolas Cruz a pénétré dans son ancienne école secondaire de Parkland avec un fusil semi-automatique AR-15 et a ouvert le feu sur 17 étudiants. Le problème, c’est que c’est fusillade n’était certainement pas la première et probablement pas la dernière. D’abord Columbine, en 1999, puis Sandy Hook, Charleston, Roseburg, Flagstaff: la liste ne cesse de s’allonger. Selon l’organisme Everytown, qui analyse les incidents liés aux armes à feu aux États-Unis depuis 2014, on répertorie déjà 33 fusillades depuis le début de l’année 2018. Nous ne sommes qu’en mars. Le fléau prend des proportions inquiétantes: dans ce pays où les armes font plus de 30 000 morts par an, les massacres par balle sont devenus coutumes. Plus personne n’est étonné d’entendre aux nouvelles qu’une nouvelle tuerie a éclaté chez nos voisins américains. La menace nous est devenue familière.

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Des étudiants de Centreville, en Virginie, participent à March for our lives à Washington.

Crédit photo: Win McNamee pour Getty Image

Des cours spéciaux

En outre, la situation s’est tellement aggravée que les jeunes enfants et adultes participant à la manifestation sont souvent représentés comme étant la génération «mass shooting». Au lieu de jouer de manière insouciante dans la cour d’école ou de forger la personne qu’ils deviendront à travers amours éphémères et amitiés intemporelles (comme un parcours scolaire devrait l’être), ces élèves vivent leur éducation avec une crosse appuyée sur la tempe. Le danger perpétuel a pris tellement de place que maintenant, les étudiants doivent participer à des exercices d’urgence pour apprendre à bien réagir en cas de confinement. Selon le centre américain des données statistiques en éducation, 70% des écoles américaines organisent ce genre de pratiques. Et pourtant, les 3000 élèves visés dans la tuerie de Parkland, le 14 février, prennent part à ces exercices chaque année.

 

Combinaison dangereuse 

Pourquoi les américains ressentent-ils plus que n’importe quel peuple le besoin de posséder des armes? La réponse résulte en un mélange inextricable d’histoire, de culture et de politique. C’est d’abord le deuxième amendement de la constitution des États-Unis qui rend tous ces incidents possibles. En effet, cet amendement permet la possibilité pour tout citoyen américain de posséder et de porter une arme à feu légalement. De plus, depuis la nuit des temps, les américains voient les armes à feu comme un symbole de patriotisme et de fierté. Le cinéma, par exemple, glorifie plus souvent qu’autrement les fusils. Ils sont également (ironiquement) synonymes de protection. Craig Shirley, historien et militant de la NRA affirme que «c’est une question de pouvoir, le pouvoir pour chacun de décider par lui-même».

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Crédit photo: Mike Peters

La National Rifle Association

La NRA, justement, a beaucoup à jouer dans la situation actuelle des Etats-Unis. NRA est un acronyme pour National Rifle Association. Fondé en 1871, le groupe a pour but de promouvoir et d’accroître la vente et le port d’armes à feu. Cependant, depuis 1934, l’association influence et exerce des pressions sur le gouvernement afin de défendre ses intérêts privés, la transformant ainsi en le plus gros lobby des armes au monde. La NRA, constituée d’environ cinq millions de membres, dépense un budget d’environ 250 millions par année, dont trois millions vont directement aux pratiques de lobbying. En effet, le poids du NRA au sein du Congrès est monumental. Par exemple, l’association classe publiquement les membres du Congrès basés sur leur opinion face au droit d’armes. Ces notes peuvent avoir un impact sur les votes aux élections et faire perdre sa place au Congrès à un candidat qui se tiendrait contre le port d’armes à feu. La NRA soudoie donc ouvertement le personnel politique du pays afin qu’ils s’obstinent à ne pas déroger de leur position par rapport aux armes (malgré la directe conséquence de nombreuses pertes de vie) pour que l’association continue à se remplir les poches.

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Des manifestants pour March for our lives sur la place de Trocadero, à Paris en France

Crédit photo: https://www.aol.com/article/news/2018/03/27/former-supreme-court-justice-stevens-repeal-the-second-amendement/23396492/

Somme toute, des milliers de jeunes se sont tenus debout la semaine passée pour ce qu’ils croient ardemment être juste. Combien de fois devrons-nous répéter l’erreur avant de se rendre compte que c’en est une? Combien d’enfants tenteront de profiter de la récréation en se demandant si ce sera leur dernière? Combien de familles devront regarder leur enfant partir pour l’école le matin, pour ne plus jamais les voir rentrer à la maison? La gravité de la situation est indiscutable: des enfants sont sortis dans la rue pour exiger que leurs droits, leurs vies, soient respectés. Des petites âmes qui réclament de pouvoir jouer à la pâte à modeler, sans risquer d’être bercés par le rythme des coups de feu et des larmes qui coulent sur leurs joues pour un ami décédé. Comme si les voix de ces jeunes qui ne demandent qu’à vivre vieux n’étaient pas assez, les américains s’entêtent à dire que les armes à feu servent à se protéger. Mais de quoi? D’eux-mêmes? C’est au moment où un peuple a besoin de sentir une gâchette entre ses doigts pour se sentir en sécurité face à ses égaux qu’on comprend que l’humanité vit un grave problème. God bless America!

Quand notre insensibilité nous coûte l’extinction d’une espèce

Sudan, le dernier rhinocéros blanc mâle est mort au Kenya, le 19 mars dernier, à l’âge de 45 ans. Le décès d’un simple rhinocéros à l’autre bout du continent africain pourrait sembler anodin. Pourtant, il en dit long sur l’insouciante brutalité des humains. 

 

C’est l’équipe vétérinaire de la réserve kenyane Ol Pejeta, où vivait Sudan, qui pris la décision de mettre fin à ses jours. Le rhinocéros était déjà en proie à de graves problèmes de santé depuis quelques temps, et les vétérinaires furent donc contraints de l’euthanasier. La détérioration de sa santé était due, notamment, à des dégénérescences musculaires et osseuses ainsi que des infections.

A priori, la mort du vieux rhinocéros ne devrait choquer personne. Le problème, c’est que Sudan portait sur ses épaules un dur rôle dont il n’aurait jamais dû hériter: celui de repeupler son espèce. En effet, avant sa mort lundi dernier, il ne restait plus que lui et deux femelles de son espèce, soit sa fille, Najin, et sa petite-fille, Fatu. Le duo étant composé strictement de femelles, les deux rhinocéros se voient incapables d’assumer la repopulation de leur espèce dorénavant éteinte. Dvur Kràlové, le directeur d’un zoo qui avait accueilli le rhinocéros en 2009, rappelle que «Sudan était le dernier rhinocéros blanc du Nord né à l’état sauvage».

Cela fait déjà dix ans que la sous-espèce à laquelle appartenait Sudan est considérée comme éteinte dans leur milieu naturel. Étonnant, puisque les rhinocéros ont très peu de prédateurs, en raison de leur grande taille, de leur peau épaisse et de leur puissante corne. C’est justement cette dernière qui leur a valu l’imminente extinction de leur espèce: aussi redoutable soit-elle, elle n’a pu échapper aux mains d’autant plus meurtrières des humains. Effectivement, les cornes de rhinocéros possèdent bien malgré elles une puissance économique: elles peuvent valoir de 50 000 à 60 000 euros le kilo sur le marché noir. Particulièrement populaire en Chine et au Viêt-Nam, leur précieuse kératine est revendue pour des prétendues vertus médicinales.

Les rhinocéros de cette sous-espèce furent donc, en grande partie, décimés par le braconnage durant les années 70 et 80 par des bandits qui ont établi la primauté des billets verts sur la vie d’autres êtres vivants. Cette situation s’est vue amplifiée par d’autres conflits armés prenant place dans l’habitat naturel des rhinocéros, notamment au Soudan, au Tchad, en Centrafrique et dans la République démocratique du Congo. L’instabilité politique a donc grandement favorisé l’apparition de zones de non droit, où le braconnage pouvait prendre lieu sans répercussions. De plus, comme si la situation n’était pas assez révoltante, l’argent amassé par la vente des cornes représentait un apport substantiel aux groupes armés. En somme, deux clans se faisaient la guerre, financée par une activité illégale qui consiste à tuer sans scrupules des créatures innocentes.

Maintenant que notre amour inconditionnel à ce qui se range dans un portefeuille a correctement réussi à décimer une espèce entière, nous avons l’audace de vouloir la recréer en laboratoire. Effectivement, le dernier espoir d’éviter l’extinction des rhinocéros blancs du nord est de développer des techniques de fécondation in vitro et d’utiliser le matériel génétique prélevé par des scientifiques, pour ensuite l’implanter dans une mère porteuse. Gardons en tête que ces procédures n’ont jamais été testées auparavant chez les rhinocéros, en plus d’être extrêmement dispendieuses. Les chercheurs espèrent, en effet, relever un million de dollars de dons pour créer un nouveau rhinocéros.

Bref, à peine notre propre étourderie nous a-t-elle valu la disparition d’une espèce que nous réalisons notre erreur. Toutefois, n’y a-t-il pas un problème grave qui se dépeint ici? Quand l’humanité tente de donner vie à des animaux à travers des béchers et des éprouvettes? C’est beaucoup d’efforts et d’argent pour un problème qui n’aurait jamais vu le jour, aurions-nous arrêter de bombarder nos égaux et de croire si ardemment en notre supériorité sur le règne animal.

Crédit photo: Agence France Presse